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Le Point sur les Origines de la Spiritualité

Publié le par Fabien Maisonneuve

Tout commence avec l'archéologie. C'est d'elle que nous pouvons tenir les informations fiables, collectées et documentées, appuyés sur une théorie d'ensemble qui fonctionne. Elle a permis de démêler le faux du vrai dans l'étude analytique des sources scripturaires (les écrits) et linguistiques ou sémantiques (l'oral). Pour comprendre la spiritualité, il faut partir de cette distinction.

C'est justement l'invention de la sémantique qui marque le passage à la spiritualité, par delà la pensée magique, primitive, de l'imitation du règne de la nature dans un but humain.

On distingue en effet la pensée magique des peuples premiers, fondée sur l'imitation, et qui donne naissance à des artifices qualifiés de sorciers (sorcellerie) d'une part, et la pensée religieuse, fondée sur la métaphysique de l'âme et un raffinement dans les représentations qui vise à s'expliquer l'univers. Dans l'Antiquité, les deux systèmes cohabitent. Il est même probable que la démarche de la troisième forme de pensée, la pensée positive (A. Comte) y soit déjà bien ancrée chez les artisans, les paysans, les architectes, les jardiniers, et toutes les professions faisant appel à la réalité pour s'exercer. En témoigne la Sagesse de Salomon (qui s'en prend aux athées). Sont donc exclus de cela les prêtres, depuis les premières cité-état de Sumer et d'Akkad en Mésopotamie, car leur fonction implique l'entretien d'une mémoire sémantique et politique de la cité, du royaume ou de l'empire.

Le rôle de la pensée religieuse est de fonder en raison l'orientation d'une société, tant par le contrôle social que par la science politique. N'ayant déjà que peu d'opportunités pour fonder la monarchie en raison, les anciens font appel à la Fravarti pour justifier le don du pouvoir: en bref, on invente le droit divin. C'est du moins le cas en Perse achéménide. La Fravarti constitue un raffinement de la pensée religieuse en terme d'autorité, en comparaison de la brutalité d'un Naram-Sîn (-2254 à -22218) qui, de son temps se proclame dieu. Mais les dieux de l'Antiquité n'ont pas encore été affectés par la vision révolutionnaire de Zaratoushtra qui impliquent dans leur définition le monothéisme. A l'heure où naît la notion de dieu, il s'agit plus d'un héros éternel, d'un archétype. Aucunement d'un créateur par nécessité. La déité repose dans l'immortalité du principe vital qui habite le dieu. Les dieux celtes et scandinaves continueront très tard à vivre comme des hommes, et à mourir comme des hommes.

Les rois d'Egypte, que les hébreux appellent "pharaons" dans la Torah, se font couronner en signe de leur intronisation comme dieux vivants. Ils illustrent le panthéon céleste sur terre. C'est l'exemple même de cette autorité de droit divin, subtilement expliquée par la Fravarti, et qui plus tard sera remplacée par l'initiation. On estime qu'il est nécessaire d'initier le politique uniquement dans les théocraties, comme le Tibet des moines ou certaines périodes illuminées de la société indienne. Il s'agit habituellement d'un don du (des) dieu(x). Confucius aura, lui, le loisir de décrire les aptitudes et maîtrises nécessaires à l'usage des fonctions bureaucratiques, dans une société qui ignore l'informatique. Nous voyons bien le contraste entre la compétence politique et la maîtrise de la métaphysique ou de l'occulte.

De là se développe la géopolitique du religieux, qui fini par devenir utopie fondatrice, projet perpétuellement en devenir. Les historiens et les chercheurs reconnus voient généralement dans la Spenta Armaiti de Zaratoushtra le signe de cette utopie géopolitique qui perdure en religion comme la Jérusalem Céleste. Les premières communautés juives dispersées dans l'empire romain d'Egypte jusqu'en Grèce vont mêler leurs réflexions théologiques aux traditions pythagociennes, socratiques, platoniciennes et aristotéliciennes. Ce faisant, la dialectique de la lumière et des ténèbres qui prend sa source dans le zervanisme et le mazdéisme vient organiser le discours théologique. La gnose juive se propage, cherchant à éclairer ces considérations dans le cadre de la religion révélée. Autour, se développeront les chrétiens gnostiques, qui de Simon-le-Magicien à Marcion en passant par Mani et Valentin, essaieront de cartographier les cieux métaphysiques.

Peine perdue. C'est toujours l'art du conte qui édifie en la matière. Les cieux sont impénettrables, tout juste se dote-t-on de représentations univoques et édifiantes, selon le temps et l'espace où elles peuvent être pertinentes. Le comble de l'artifice consistera à utiliser des textes devenus équivoques et à les interpréter pour qu'ils correspondent aux temps en cours.

Faire une histoire de la spiritualité passe inéluctablement par le sentiment de la Chute, l'acceptation de l'éprouvante réalité que rien jamais ne vient émanciper l'individu ou la société des contraintes de la nature. Et la Loi est la première expression de cette difficulté à vivre. Elle s'inscrit rapidement dans le témoignage politique (Code d'Hammourabi) et gagne un statut sacré (Les Tables de la Loi).

Il n'y a guère d'autre perspective, pour élever la pensée religieuse au rang de spiritualité, que de passer par la métaphysique, de Zoroastre à Epictète, avant d'aller sur des sources proprement religieuses (la théologie chrétienne). Quand la tradition se fait méditation, elle rejoint l'universel, et s'approche des thèses bouddhiques de Bactriane, ou de celles des yogis.

Enfin de compte, il faut considérer chaque peuple avec ses propres interactions [pensée magique/pensée religieuse], pour en comprendre tant la doctrine que les rites. Mais considérer une histoire universelle de la spiritualité apparaît vite comme une gageure.

De ce point de vue, les récits de l'Atlantide apparaissent comme l'une des nombreuses traditions sur "le temps jadis" que les amis grecs de Platon (Critias, Thimée) brodaient à la façon des conteurs desquels ils tenaient leurs récits. Critias est la source de Platon au sujet de l'Atlantide. Il prétend tenir ses informations de sages érudits égyptiens, mais nulle part dans le fond archéologique égyptien, on n'entend parler les atlantes. Le terme correspond à une linguistique grecque, et n'a pas d'équivalent égyptien. On ignore d'où vient cette histoire. Elle ne s'appuie guère que sur d'étranges alliages antiques retrouvées aux environs de l'île de Malte, mais qui ne semblent pas assez anciens pour être attribuable ne serait-ce qu'aux temples de Malte, qui représentent quand à eux un authentique défi archéologique.

Il est plus criant d'interpréter les faits que d'interpréter des récits, et les pierres de Malte sont l'expression d'une histoire bien tangible. Cette histoire des peuples, appuyée sur l'archéologie, n'a pas encore livré tous ses secrets, comme le montre le chantier des pyramides du Plateau de Gizeh ou celui de l'esplanade du temple de Baalbek.

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